« Les Français sont des veaux ». La formule fait sourciller, sourire ou grincer des dents. Pourtant, peu savent réellement d’où elle sort, ni ce qu’elle sous-entend. Levons le voile : son origine, son sens, son influence sur notre imaginaire politique… et ce qu’elle raconte, encore aujourd’hui, de la France, de la Résistance aux Gilets jaunes.
« Les Français sont des veaux » : qui l’a vraiment dit, et quand ?
Une phrase bien attribuée à Charles de Gaulle
La version la plus souvent citée est : « Les Français sont des veaux », parfois transformée en « ce peuple de veaux ». Tout le monde s’accorde pour l’attribuer à Charles de Gaulle.
Les historiens convergent sur deux points :
- le style et le ton sont typiquement gaulliens ;
- le propos a jailli en petit comité pendant la Seconde Guerre mondiale, loin de toute tribune officielle.
Contexte : la France sonnée, la Résistance balbutiante (1940-1941)
Pour comprendre l’éclat du Général, il faut revenir à 1940-1941 :
- la défaite éclair de mai-juin 1940 ;
- l’armistice du 22 juin signé par Pétain ;
- l’occupation allemande, l’exode, les pénuries ;
- l’émergence d’une France libre à Londres, saluée par… une majorité de Français plutôt silencieuse.
Depuis Londres, De Gaulle, partagé entre foi inébranlable en la grandeur française et colère froide devant la résignation ambiante, lâche cette sentence sur « les veaux ».
Les sources : notes, souvenirs, mémoires
On ne trouvera pas ces mots dans un discours radiodiffusé. La phrase survit grâce :
- aux témoignages des compagnons de la France libre ;
- à quelques journaux intimes de l’époque ;
- aux biographies publiées après-guerre.
Conclusion : oui, c’est bien du de Gaulle, mais du off, prononcé dans la chaleur des quartiers londoniens.
Entrée dans la sphère publique
L’expression ne devient un « classique » qu’après 1945, surtout dans les années 1960-1970. Les mémoires fleurissent, les journalistes adorent les punchlines : la citation se fixe alors comme le revers grinçant du mythe gaullien.
Charles de Gaulle et sa vision du peuple français
Mêler froissement passager et admiration profonde
Réduire la pensée gaullienne à « les Français sont des veaux » serait grotesque. Le Général fut, paradoxalement, l’un des plus ardents chanteurs de la grandeur nationale. Simplement, son exigence était telle qu’il ne supportait pas la tiédeur.
« La France ne peut être la France sans la grandeur » : l’autre face
Ne l’oublions pas : « La France ne peut être la France sans la grandeur » (Mémoires de guerre, 1954). Cette maxime campe la France en puissance historique, indépendante, capable d’écrire son destin. À l’inverse, « les veaux » désignent le moment où ce destin se dilue.
Le discours de Bayeux, ou la pédagogie par l’exemple
Lors du discours de Bayeux (16 juin 1946), De Gaulle n’insulte personne : il appelle les citoyens à la maturité et plaide pour un État fort. En privé, il pique ; en public, il galvanise. Toute sa rhétorique tient dans ce contraste.
Un électrochoc calculé ?
L’art du Général consiste à secouer pour mieux soulever. « Les Français sont des veaux » ? Une claque, peut-être, mais pensée pour raviver l’orgueil collectif.
Que signifie exactement « veau » ?
D’un animal placide…
Le veau : le petit de la vache, destiné à l’engraissement puis, hélas, à l’abattoir. Un animal qu’on mène sans résistance. Le mot vient du latin vitellus. Appliqué à l’humain, il vire vite au sarcasme.
… à l’image du citoyen amorphe
Traiter quelqu’un de « veau », c’est pointer sa molesse, sa naïveté, sa docilité. Autrement dit, un citoyen qui subit plus qu’il n’agit, un suiveur plutôt qu’un meneur.
Une métaphore politique musclée
Les métaphores animales pullulent en politique – moutons, brebis galeuses, vaches à lait. Le « veau », lui, insiste sur la faiblesse et la mise sous tutelle. Dans la bouche d’un chef militaire, le trait n’en est que plus cinglant.
Réceptions et polémiques : de l’après-guerre à nos jours
Entre cercles initiés et rumeurs
À chaud, la phrase circule sous le manteau : bureaux ministériels, salles de rédaction, amicales d’anciens résistants. Certains y voient l’élitisme gaullien, d’autres un cri de rage légitime.
Une formule tantôt moquée, tantôt brandie
Au fil des décennies, le mot devient :
- l’argument choc des éditorialistes fustigeant l’inertie supposée des Français ;
- une provocation pour politiciens voulant se placer dans la lignée du Général ;
- une vanne d’auto-dérision : « Nous, les veaux ».
Mais beaucoup y entendent toujours une insulte venue d’en haut.
Un mème à l’ère numérique
Avec les réseaux sociaux, la citation se recycle à chaque crise : mèmes, montages, tweet rageur. Tantôt arme verticale, tantôt gifle horizontale entre citoyens.
Comparaison avec d’autres devises et citations sur la France
Le contrepoint positif : la grandeur
On l’a vu : « les veaux » = constat d’un abattement, « la grandeur » = horizon souhaité. Les deux formules forment un arc de tension permanent dans la pensée gaullienne.
Quel est, au fond, le « dicton » de la France ?
Officiellement, c’est « Liberté, Égalité, Fraternité ». Historiquement, on trouve « Montjoie ! Saint Denis ! » ou « Nec pluribus impar ». Quant à « les Français sont des veaux », c’est une anti-devise, un miroir grinçant.
Autres regards célèbres
Renan rappelle que « la nation est un plébiscite de tous les jours », tandis que De Gaulle s’amuse : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ? ». Entre tendresse et ironie, la France oscille sans cesse.
L’art français de la punchline
Clémenceau, Mitterrand, Chirac… La politique tricolore raffole des formules assassines. Celle du « veau » y ajoute une pointe de tragique.
Les Français sont-ils encore « des veaux » ? Un détour par la sociologie
Participation électorale : un tableau nuancé
Élections présidentielles : près de trois quarts des inscrits se déplacent. Législatives ou européennes : l’abstention flambe. Résignation ou boycott stratégique ? Les deux cohabitent.
Associations, manifs, pétitions : un peuple vraiment apathique ?
Entre tissu associatif dense, habitudes de grève bien ancrées et pétitions en ligne, les Français passent sans cesse de la contestation flamboyante au repli dubitatif.
Médias, réseaux sociaux : anesthésie ou turbo-critique ?
Télé et plateformes forgent parfois un effet de troupeau ; elles peuvent aussi déclencher des révoltes fulgurantes. L’image du veau s’ajuste mal à cette ambivalence.
Trois exemples récents
- Gilets jaunes : ronds-points, slogans, doléances ;
- Réformes des retraites : cortèges géants, grèves à répétition ;
- Mobilisations climat : marches, actions symboliques, procès.
Difficile de qualifier de « veaux » une société capable de telles secousses.
Regards croisés : l’autodérision animale des peuples
Chaque pays son bétail symbolique
En Allemagne, on raille le « Michel » moutonnier ; au Royaume-Uni, les « sheeple » prolifèrent ; en Italie, le « bravo italiano » s’adapte à tout. La France n’est pas seule à s’auto-flageller.
Entre simplification et soupape
Ces images animalières simplifient des réalités complexes et servent aussi d’exutoire. Mais elles laissent dans l’ombre la diversité des attitudes individuelles.
Ce que la formule révèle du face-à-face gouvernants / gouvernés
Le mépris possible des élites
Quand un dirigeant traite ses concitoyens de « veaux », il confesse à demi-mot son propre désarroi, voire son arrogance : « Ils ne comprennent pas, il faut les guider ».
Le retour de bâton populaire
En écho, beaucoup y voient la preuve que les sommets de l’État demeurent coupés du « pays réel ». Résultat : méfiance accrue, sentiment d’être pris de haut.
Un mythe qui persiste
Facile à brandir, la métaphore du veau revient dès qu’un mouvement patine. Reste à savoir si l’on préfère l’invective ou l’analyse fine des blocages collectifs.
Conclusion : une pique datée, une question vivante
Les Français, vraiment des veaux ?
Oui, la phrase est bien de De Gaulle, lâchée en pleine nuit noire de 1940-1941. Elle visait une France sidérée par l’occupation, pas la nation pour l’éternité. Aujourd’hui ? Les mobilisations récentes contredisent l’image d’un troupeau docile, même si la tentation du découragement n’a pas disparu.
Et nous, qu’en faisons-nous ?
Libre à chacun de :
- balayer la formule comme un vestige méprisant ;
- la prendre pour un aiguillon, un rappel à l’énergie collective ;
- ou l’utiliser comme loupe pour interroger notre rapport à la citoyenneté.
L’essentiel ? Ne plus se contenter de subir la saillie du Général, mais la retourner, l’examiner, et décider – chaque jour – si l’on avance en troupeau ou en citoyens.
Questions fréquentes sur l’expression « Les Français sont des veaux »
Qui a dit « Les Français sont des veaux » et dans quel contexte ?
La phrase est attribuée au général Charles de Gaulle. Il l’aurait lancée à Londres, durant l’hiver 1940-1941, devant quelques compagnons de la France libre. Confronté à la résignation de ses compatriotes après la défaite et l’armistice, il exprime ainsi sa colère face à leur passivité apparente.
Que signifie exactement l’expression « les Français sont des veaux » ?
De Gaulle compare les Français à des veaux, animaux dociles que l’on guide sans résistance, pour dénoncer une attitude jugée passive et soumise. La formule vise à provoquer un sursaut d’orgueil collectif plutôt qu’à insulter : elle appelle les citoyens à refuser l’apathie et à agir.
Quel est le célèbre dicton de Charles de Gaulle sur la France ?
Le dicton le plus connu est « La France ne peut être la France sans la grandeur ». Publié dans les « Mémoires de guerre » en 1954, il exprime la conviction gaullienne qu’une identité nationale authentique suppose ambition, indépendance et rayonnement international, complétant ainsi son fameux reproche aux « veaux ».
L’expression « C’est un veau » est-elle encore utilisée en français ?
« C’est un veau » qualifie quelqu’un de lent, maladroit ou passif. Issue du français rural, l’expression est devenue rare mais subsiste dans la culture populaire, notamment grâce à la formule gaullienne. Elle conserve une nuance péjorative, voisine de « mouton », « benêt » ou « mollasson ».
Que veut dire « veau » lorsqu’il s’applique à une personne ?
Au sens propre, le veau est le petit de la vache. Au sens figuré, « un veau » décrit une personne jugée molle, naïve ou facilement manipulable. L’image souligne l’absence d’initiative et la résignation, caractéristiques que De Gaulle reprochait à une partie du peuple français en 1940.
Qui a déclaré « La France ne peut être la France sans la grandeur » ?
La phrase « La France ne peut être la France sans la grandeur » est de Charles de Gaulle. Elle figure dans le premier tome de ses « Mémoires de guerre » (1954) et résume sa vision d’une nation appelée à jouer un rôle majeur sur la scène internationale.
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